vendredi 17 novembre 2017

jeudi 16 novembre 2017

LAZOSCHMIDL












VILLA MAURESQUE PAR FLOC'H & RIVIÈRE

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Villa mauresque est un livre mélancolique. Sans doute parce que c'est le fantôme de Somerset Maugham, qui errant dans sa chère maison nous raconte sa vie, en commençant par son enfance.
Je n'ai jamais rencontré Somerset Maugham. Je ne suis pas non plus allé me promener du coté de sa villa mauresque pourtant j'ai l'impression de l'avoir connu tant Edouard Mac Avoy m'en a parlé dans son atelier de la rue du cherche midi à l'ombre des grands ficus qui s'y épanouissaient dans l'entêtante odeur de la peinture. Je ne doute pas qu'également le fantôme du peintre y règne encore.




Somerset Maugham photographié en 1951 par Edward Quinn devant son portrait par Mac Avoy




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avec Alan Searle en 1953 à la villa Mauresque

En 1946, le peintre écrivait à propos de l'homme de lettre: << Somerset Maugham me reçoit à 11 heures ce matin, vieilli, c'est à dire embelli. Il y a six ans, j'avais constaté déjà une mystérieuse influence asiatique qui prenait possession de ce visage de grand seigneur anglo-saxon. Aujourd'hui, je retrouve un masque bouddhique pur. Sagesse, renoncement, paix profonde née d'une désillusion entière. Et cette gaieté qui est la gaieté du scepticisme. >> plus loin dans son livre de mémoire, « Le plus clair de mon temps » Mac Avoy écrit: << La mauresque, où Somerset reçoit comme un maharadjah: le confort, le luxe, la beauté, les tableaux rares, les jardins, la piscine bleue. Maugham, parfaitement nu, et sa souveraine aisance, plongeant tel un jeune homme...>>. Presque vingt ans plus tard Mac Avoy à une de ses (sa?) dernières visite à la Mauresque: << Ai-je vu tout à l'heure Somerset pour la dernière fois? Alan est bouffi, grossi, triste. Il voit décliner Willy. Il sait qu'au lendemain de sa mort, il sera chassé par Lady Hope de la Mauresque. Somerset ressemble à un très vieil aigle déplumé, qui se traine. Il est sourd. Je hurle en anglais. Il me semble qu'il comprend mieux. Il montre à Lillian Kaufmann le portrait que je peignais en 1947 et qui est exactement le Somerset d'aujourd'hui. Il dit le bien que Braque pense de ce portrait. Son charme singulier subsiste, mais le bégaiement est devenu terrible.>>.



 la piscine de la villa  

Churchill et Maugham à la villa mauresque

Mac Avoy lui aussi a résidé souvent sur les bords de la Méditerranée le jardin de sa maison dégringolait dans ses flots. Son corps repose dans un petit cimetière tout près de là...
Cocteau disait de son confrère anglais: << Il y a chez Maugham un besoin extraordinaire de duchesses et un besoin extraordinaire d'assassins... Alors il mélange: ses ladie sont des voleuses.>>.
Villa Mauresque est aussi un beau film de Patrick Mimouni, que presque personne a vu. Mimouni a fait dans un très beau documentaire le portrait d'une autre villa remarquable de la côte; la villa de Noaille que Mallet-Stevens a érigée à Hyères pour les Noaille. Mac-Avoy dans sa jeunesse était un des obligés du couple de mécènes... Floc'h a croqué leur villa...
Je ne sais pas si on lit encore beaucoup Somerset Maugham. Je ne le crois pas, en France tout du moins. J'ignore tout de son statut actuel en Grande Bretagne, pays dans lequel en définitive il n'aura que peu vécu.
J'ai pour ma part un grand souvenir de la lecture d'un roman de cet écrivain. C'était « Le fil du rasoir » lu un été de mon début d'adolescence, étendu sur le sable de la plage de La Baule. Il me semble que Somerset Maugham est un auteur à lire au bord de la mer... Depuis cette lecture j'associe toujours Maugham, sans doute abusivement, avec son confrère allemand Hermann Hesse qui connaissait dans les année 60 une grande vogue.

Somerset Maugham rêvait de« voyager et de devenir le plus célèbre écrivain vivant », il y a presque réussi mais la villa Mauresque a été le port d'attache de la longue vie de ce grand errant qu'était Somerset Maugham.
Si le héros du livre est o combien singulier, l'aspect de l'album l'est tout autant. Il ressemble a un livre illustré pour enfant de naguère, ce qui renforce le coté nostalgique de l'ouvrage, où au détour d'une page on découvrirait une « frontal nudity » masculine...


Villa


C'est peut-être l'anglomanie partagée qui rend la symbiose entre Rivière et Floc'h aussi parfaite depuis... quarante ans.
Dés les premières pages de Villa Mauresque, le lecteur sait qu'il est autant chez François Rivière que chez Somerset Maugham. On admire la légèreté, l'élégance du style de François Rivière bien en accord avec celui très « café society » de l'anglais dans un texte où tout est plus suggéré que dit. L'ellipse est je crois la marque des grands biographes qui ne nous encombrent pas de détails superfétatoires, en la matière Rivière est un maitre. Pourtant la vie extraordinaire de Maugham incite au profus. Il a parcouru la terre entière et y a même un peu espionné (en particulier dans la Russie de 1917 après avoir connu le front de la Grande Guerre!) dans la grande tradition des lettres anglaises de Burton à Graham Green en passant par Ian Fleming. Il est d'autant difficile de ne pas être disert que sa fabuleuse villa a reçu entre autres Churchill, le duc de Windsor et sa duchesse (ceux là probablement pas ensemble en regard à leurs détestations mutuelles), Lord Beaverbrook et l'Aga Khan, ou encore T. S. Eliot, Cocteau, Virginia Woolf, Wells, Kipling, Fleming. J'ajouterais à cette liste non exhaustive que Maugham a rencontré et parfois bien connu dans ses multiples pérégrinations et son exil américain durant la seconde guerre mondiale D. H. Lawrence, Noël Coward, Cecil Beaton, Henry James, Joseph Conrad, Arnold Bennett, Lytton Strachey, Charlie Chaplin, Aldous Huxley, Christopher Isherwood, Eric Ambler et beaucoup d'autres qui eux ne passent pas dans la biographie de François Rivière.

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Je rectifie ou plutôt complète ce que j'écrivais au début de mon billet. Le "je" du livre n'est pas seulement celui du fantôme de l'illustre écrivain. Rivière fait habilement alterner la voix de Somerset Maugham avec celles de ses ami(e)s, employées, amants, frère... Ces voix dissonantes dressent un portrait contrasté de Maugham. Les intervenants ne sont pas de pâles potiches, mais eux aussi de sacrés numéros, comme son neveu Robin, lui aussi écrivain, auteur entre autres de The servant dont Losey tira son fameux film avec Dick Bogarde. L'oncle et le neveu et la villa mauresque tiennent une grande place dans une enquête de Bernie Gunther, "Le piège de l'exil" signée bien sûr Philip Kerr 
  


© Floc'h et Rivière / La Table Ronde

© Floc'h et Rivière / La Table Ronde



Si la biographie de Rivière est elliptique, le portrait de Somerset Maugham, lui, ne cesse de gagner en complexité et en nuances, au fil des témoignages: « petit homme contrefait mais charismatique, réputé pour ses bons mots vachards et son bégaiement » pour l'un, mais pour une autre, plus tendre, un « homme contrarié depuis toujours, et qui, quelle que fût sa posture, attirait les sarcasmes des gens si prompts à juger ». Un « heureux hédoniste », concluait-il lui-même...
A l'émotion qu'étreint le lecteur à la lecture des dernières pages du livre s'ajoute celle de l'annonce que cet ouvrage mettrait un point final à la collaboration de Floc'h et Rivière, l'un des plus célèbres duos de la bande dessinée depuis le milieu des années 70. Espérons qu'il n'en sera rien. Il y a eu déjà, par le passé, des déclarations de l'un et l'autre dans ce sens. Ce serait bien dommage qu'une telle association meurt d'autant qu'elle ne les empêche pas de mener chacun de leur coté une brillantes carrière sous leur seul nom.
A la fin de l'album, qu'il faut reprendre depuis le début pour bien apprécier les dessins de Floc'h, traités uniquement en noir et blanc, on ne peut être que jaloux de la vie de Somerset Maugham (du moins celle racontée par François Rivière) qui portant n'a pas été que pur sucre.




Graham Sutherland, Somerset Maugham, 1949 


Simultanément à la sortie le 7 mai du livre de Floc'h et Rivière consacré à Somerset Maugham, Villa Mauresque, les éditions de la Table Ronde publient dans leur collection La Petite Vermillon deux romans de l'écrivain anglais, Il suffit d'une nuit et Le grand écrivain, dont elles ont confié l'illustration les couvertures à Floc'h :


© Floc'h / La Table Ronde

© Floc'h / La Table Ronde


A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise







A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai transformée en petit musée un très bel échantillon d'icones de l'école crètoise.
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
A Héraklion, dans l'église Sainte Catherine du Sinai belle collection d'icones de l'école crétoise
Héraklion, Crète, mai 2016

Commentaires lors de la première édition du billet


ismau
30/05/2016 18:01
Belle collection d'icônes en effet ! Superbes couleurs et richesse des détails, bien photographiés aussi ... Je note la robe fleurie de l'enfant Jésus, de drôles de camélidés, des chevaux qui conversent entre eux avec un entrain remarquable, un fort joli tombeau rose vif contenant ? , des anges dans le ciel embarrassés par une surproduction d'encombrantes lois divines, etc ...
lesdiagonalesdutemps30/05/2016 18:54
Il faut être attentif lorsque l'on regarde ces icônes qui fourmillent de détails d'où certains gros plans que j'ai fait. J'en aurait bien fait plus mais j'étais presque au bout de ma batterie.
Bruno30/05/2016 15:58
Superbe. Merci pour le partage. Un peu de transcendance ne nuit pas à la beauté du monde
lesdiagonalesdutemps30/05/2016 18:50
A la beauté non, mais à la raison, si

Simone Lini Trivulzio

Ph. Simone Lini TrivulzioPh. Simone Lini TrivulzioPh. Simone Lini Trivulzio