jeudi 14 septembre 2017

Les damnés à la comédie française




La représentation à la Comédie Française « des Damnés » du scénario du film éponyme de Visconti par Ivo van Hove devrait provoquer immédiatement plusieurs questions que ne manquera pas de se poser le spectateur un peu curieux et critique.
Tout d'abord est-ce une bonne idée d'adapter un scénario d'un film au théâtre? La réponse ne peut être définitive, car elle dépend forcément de la nature du dit scénario. Elle ne peut être positive toutefois que s'il répond à plusieurs conditions; celle tout d'abord que l'action se déroule dans un lieu unique, comme dans « Le repas des fauves », réussite complète d'une transposition au théâtre d'un film d'ailleurs trop peu connu, ou que le texte peut être facilement transposé en trois ou quatre décors au maximum; ce qui fait entrer « Les Damnés » dans cette catégorie puisque presque toute la pièce se déroule dans la demeure des magnats de l'acier. D'autre part Il est préférable que les dialogues du film soit important bien écrits. Ce qui n'est pas obligatoirement le cas même pour de bons films un cinéaste devant privilégier l'image et non le les dialogues pour faire avancer l'action. C'est même sont devoir de cinéaste. Transposé à la scène les dialogues peuvent alors, sans le support de l'image paraître pauvre et pas assez explicite. La bonne adaptation du texte du film rend la pièce facilement compréhensible mais les répliques paraissent bien plate. Nous sommes dans Shakespeare sans Shakespeare!
Autre interrogation que l'on peut avoir faut-il de la vidéo sur une scène de théâtre? D'emblée j'ai tendance à répondre par la négative. Ce n'est pour moi qu'un artifice, qu'une béquille pour un metteur en scène qui ne serait pas capable avec les attributs classiques du théâtre de faire passer l'intelligence et l'émotion (ou la drôlerie) contenus dans le texte de la pièce qu'il monte.




Ce n'est pas l'adaptation « Des damnés » qui modifiera mon opinion sur le sujet. Les vidéos projetées sur un écran au fond de la scène, ne font que souligner lourdement une mise en scène qui ne brille déjà pas par sa légèreté. Les ajouts vidéos sont de trois espèces. La première nous rappelle quelques dates des débuts de la prise de pouvoir d'Hitler mais curieusement pas celle qui a un impact direct sur la pièce, « la nuit des longs couteaux ». Quel intérêt peuvent avoir ces rappels historiques scolaires sinon de montrer que le metteur en scène tient les spectateurs pour des ignorants. D'autant que certains sont inexactes comme de montrer des charniers de déportés d'un camp d'extermination en 1934, année durant laquelle se déroule la pièce. La deuxième sorte d'images que l'on voit sur l'écran sont les gros plans des acteurs que film en direct une opératrice munie d'un steadycam. Ces vues permettent certes d'apprécier le jeux des acteurs dans les scènes intimistes en particulier celles jouées par Didier Sandre, magnifique dans le rôle du patriarche mais aussi mettent en évidence l'outrance d'autres partie du spectacle comme celle de la nuit d'ivresse du baron Kontantin Essenbeck (Denis Podalydes) et de son amant S.A. (Sébastien Baulain). La troisième catégorie d'images vidéos consiste à nous montrer des scènes hors champ. Là encore celles-ci ne me paraissent pas non plus indispensables.
On ne peut pas s'empêcher non plus de s'interroger sur l'utilité de la nudité sur scène. Récemment je vous ai entretenu du « Banquet d'Auteuil » dans lequel trois acteurs se dénudent et restent nus tout un acte en continuant à dire un texte qui n'est pas sans aspérité. Dans ce cas la nudité est non seulement recevable, mais étant le résultat d'un jeu, elle est ludique et indispensable pour la progression de la pièce, j'ajouterais qu'elle est un véritable plaisir pour le spectateur. Les acteurs dans le plus simple appareil étant agréables à regarder. Je n'en dirais pas autant de tous les comédiens du français car non seulement la nudité dans « Les damnés » apparaît comme totalement gratuite, mais pour être gentil je diras qu'elle n'apporte rien à la gloire de Denis Podalydes. En revanche Christophe Montenez (Martin) et surtout Sébastien Baulain en amant S.A de Kontantin (Podalydes) exhibent des plastiques sans reproche qui sont des agréables divertissements dans cette noirceur.





Outre les acteurs déjà cités qui sont bluffant. Guillaume Gallienne (Friedrich Bruckmann) fait preuve d’une sobriété impressionnante. Elsa Lepoivre en Sophie von Essenbeck est une salope de compétition. Il ne faut pas oublier les autres : Eric Génovèse, Loïc Corbery, Adeline d’Hermy, Christophe Montenez en Martin ferait presque oublier Helmut Berger Didier, Alexandre Pavloff joue un notable SS glaçant et machiavélique, Clément Hervieu-Léger (Gunther), Jennifer Decker et Sylvia Bergé sont également très bien mais il me semble que le rôle de Gunther aurait demandé un garçon plus jeune que Clément Hervieu-Léger. Une fois de plus la troupe de la comédie française démontre son excellence. Mais on commence a être habitué. A la comédie Française on voit des bonnes pièces, souvent de grandes pièces excellemment jouées mais pas toujours mises en scène avec finesse.

Mon oreille trainant, comme à l'accoutumé à la sortie de la salle, j'entendis certaines personnes qui déclaraient que c'était un scandale et un affront, un manque de respect pour ceux qui avaient été les victimes du nazisme. Je n'irais pas jusque là mais je comprend leur point de vue.    

2 commentaires:

  1. J’en avais lu et écouté des critiques élogieuses . Mais les détails donnés m’avaient laissé quelques doutes ... que vous confirmez . J’ai de plus un mauvais souvenir du film de Visconti, où sans doute trop jeune je m’étais beaucoup ennuyée ( malgré le bel Helmut )

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  2. Le vice de la représentation outre le désir à tout prix du metteur en scène de faire spectaculaire et moderne l'ajout de la vidéo qui est souvent redondant mais parfois intéressant c'est l'idée d'adaptation. Le scénario a été écrit et pensé pour le cinéma et non pour le théâtre. C'est là le défaut rédhibitoire de ces Damné. Il faudrait comprendre enfin qu'une histoire a été pensée pour un médium opéra, roman, film , bande dessinée et cesser de vouloir l'exporter dans un autre médium. Je sais les japonais savent très bien faire cela mais je crois qu'en la matière ils sont inimitables...

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