mercredi 31 janvier 2018

Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson



« Arrête avec tes mensonge » est le regard d'un homme sur un épisode fondateur de son existence. Philippe Besson se souvient de ses 17 ans en 1984 à Barbezieux et en particulier de sa première expérience sexuel qui fut aussi son premier amour. Cet amour est un amour homosexuel pour Thomas, un de ses camarades de lycée. Il se rappelle de ce passé avec l'oeil de l'adulte qu'il est maintenant, nous pouvons considérer qu'il s'agit plus d'une auto-fiction, q'une partielle autobiographie. Plus qu'une oeuvre littéraire c'est un témoignage précieux sur un type de relations qui curieusement est peu présent dans la littérature française d'aujourd'hui. Elle l'est un peu plus dans le cinéma, je pense à « Quand on a 17 ans » de Téchiné, sorti l'année dernière et il y a plusieurs années à « Une histoire sans importance » de Jacques Duron...
Dans une petite ville alors (et aujourd'hui?) une telle relation ne peut être que clandestine. L'auteur retranscrit bien ce que furent ses sentiments, la découverte de ce qu'il appelle « la morsure du sentiment amoureux », du manque et de l'attente, du dénuement provoqué par la privation insupportable de celui que l'on aime, ses atermoiements, sa découverte du corps de l'autre et la libération que fut pour lui l'amour physique mais aussi la frustration de devoir dissimuler leur liaison que Thomas, fils de paysans, effrayé par le jugement des autres veut impérativement clandestine. Pour Philippe l'élève exemplaire promis à une brillante carrière, celle qu'a tracée pour lui son instituteur de père, faire l'amour avec Thomas est sa première transgression à la voie royale que tout le monde lui promet. C'est aussi sa véritable première rencontre avec un être non de papier, lui le grand lecteur, mais de chair. C'est en même temps pour Philippe, par l'intermédiaire de Thomas, la découverte d'un milieu plus frustre que le sien. Tout sonne juste dans ce récit même si leur rencontre est difficilement crédible, de même que l'épilogue bouleversant du livre. Pourtant je crois que l'on ne peut pas mettre en doute leur véracité. Mais parfois à dire la vérité on instille le doute; car comme l'écrit Philippe Besson: << La vraisemblance importe plus que la vérité, que la justesse compte plus que l'exactitude. >>. Le lecteur ne devrait jamais oublier que la vie recèle plus de romanesque que toute une bibliothèque.
Besson narre ses réminiscences en un style fluide sans fioriture. Il dit admirer l'écriture blanche d'un Guibert. Besson sur ce point est digne de son modèle.
Le romancier ne refuse pas l'obstacle de la description des scènes de sexe. Cet exercice toujours périlleux pour un écrivain est ici très réussi dans sa vérité crue. 
L'auteur est à l'aise dans l'exercice à la Pérec du « Je me souviens ». A travers les livres que lit Philippe, les films qu'il voit les détails de la vie courante, il parvient bien à restituer une époque qui, bien qu'assez récente, paraît déjà étrangère à notre présent.
Vers la fin d' « Arrête avec tes mensonges », Philippe Besson a la révélation que c'est l'amour pour Thomas, sentiments enfouis, qui ressurgit dans ses romans qu'il pensait de pure fiction. Mais, Thomas était là, dans son esprit, tapi. L'auteur, cette fois-ci a obéit à sa mère qui lui disait la phrase qu'il a pris pour titre, il n'a rien inventé. Le lecteur qui connait bien les romans de Philippe Besson appréciera encore plus « Arrête avec tes mensonges » qu'un lecteur occasionnel de l'auteur qui nous révèle, comme elle lui est révélé, que son histoire avec Thomas a été la matrice de son oeuvre et qu'elle peut être lu maintenant à cette aune.
L'inconvénient avec ce livre, mais c'est personnel et cela pourrait être complètement différent pour un autre lecteur, c'est que je n'ai éprouvé aucune sympathie pour les deux protagonistes, sauf à la fin avec l'ultime révélation, et cela pour des raisons qui sont diamétralement opposées. Pourtant j'aurais du entrer facilement en empathie avec le narrateur lorsqu'il avait 17 ans. Il n'était pas si différent de ce que j'étais à cet âge, avec sa voracité de lecture, sa découverte du cinéma et sa liberté de penser; mais le Philippe adulte, qui se souvient du garçon qu'il a été, m'apparait comme une tête à claques fat et suffisant, irrémédiablement content de son parcours. Ce qui empêche ma sympathie pour l'adolescent qu'il était. Pourquoi bien des écrivains français contemporains gâchent partiellement leurs livres en faisant les petits malins étalant sans vergogne leurs singularités? Certes Philippe Besson fait moins son intéressant qu'Emmanuel Carrère ou Laurent Binet par exemple et émet des réflexions juste sur son itinéraire de vie et les temps d'hier et d'aujourd'hui, à contrario il agace souvent par son autosatisfaction (cette impression a été grandement tempéré par la vidéo que vous pouvez voir à la fin du billet et que j'ai visionnée seulement après avoir écrit ce billet). En ce qui concerne Thomas, qui est presque le négatif de Philippe, comme ce dernier on s'interroge sur la sincérité de son amour. N'aurait-il pas choisi Philippe plus parce qu'il l'a senti disponible que parce qu'il a éprouvé une attirance pour lui? Et puis Thomas est trop passif, trop englué dans sa condition et n'ayant pas la volonté d'en changer pour me plaire. Les dernières pages, très émouvantes m'ont fait réviser ces jugements...
En raison de mon âge et de mon histoire, il m'est difficile d'avoir une bonne distance vis à vis d'un tel livre. Il en sera de même pour la plupart des lecteurs français s'ils sont nés en 1967 ou quelques années avant, particulièrement s'ils sont gays et vécu leur adolescence en province. Inévitablement, il feront la comparaison de leur parcours, de leurs souvenirs, de leurs ressentis d'alors, avec ceux de Philippe et de Thomas. Ils se remémoreront ce qu'ils faisaient en 1984...
Ils se souviendront peut-être de leurs années de lycée, de leur premier amour... Ils se demanderont si de petites choses sont semblables ou différentes, à ce qu'ils ont vécu, en 1984 ou en 2018... En écrivant cela je m'aperçois combien on est enfermé dans une classe d'âge combien j'ignore aujourd'hui ce que peut être le quotidien d'un lycéen... Par exemple comment s'appelle t-on? Comme dans mon souvenir par le nom ou par le prénom? Je me souviens combien j'avais été surpris et même choqué lorsque notre professeur de français en 5 ème, lors du premier cours de l'année, nous avait annoncé qu'il nous appellerai pas notre prénom; ce qui était complètement inhabituel...
Le personnage le plus intéressant du livre n'est pas le narrateur dont on sait, comme le sait Thomas, qu'il aura les moyens dans tous les sens du terme de s'évader de leur prison provinciale qui leur interdit de s'épanouir notamment en raison de leur sexualité qui y est condamné à rester clandestine. Celui qui nous touche le plus c'est bien Thomas dont on se doute très vite qu'il est englué dans sa condition tel un oiseau mazouté dans sa nappe de pétrole et qu'il ne pourra pas prendre son envol.
Si le personnage de Thomas me touche plus que celui de Philippe c'est que je pense aux Thomas d'aujourd'hui pour lesquels la voie du salut est peut être encore plus étroite qu'en 1984. La paranoïa et la désinformation généralisée dans laquelle vit une grande partie de la population particulièrement les gens modestes qui se sur-protégeant, se cloitrant dans des certitudes fausses condamnent involontairement leurs enfants à reproduire leur médiocrité. Il est illusoire de croire que dans le monde proche des Thomas d'aujourd'hui, l'homosexualité est mieux  acceptée qu'en 1984. C'est l'illusion pernicieuse que nourrit les urbains nantis de 2018 qui ne connaissent rien du milieu dans  lequel évoluent aujourd'hui les garçons semblables à Thomas. Et encore pire le puritanisme actuel, veuf de tout alibi sacré, a étendu sa détestation de l'homosexualité à l'hétérosexualité... Et puis la clandestinité des amours des deux garçons serait elle possible aujourd'hui avec l'espionnage généralisé qu'a engendré les téléphones portables et la délation qu'elle a nourrit via les réseaux sociaux et qui semble être devenu la distraction vénéneuse de la multitude. J'aimerais savoir ce qu'en pense un garçon de 17 ans d'aujourd'hui.
A travers sa propre histoire Philippe Besson pose des questions essentielles: Comment vit-on la différence, l'homosexualité, en fonction du milieu auquel on appartient, de l'éducation que l'on a reçu, des préjugés? de l'époque? Est-il possible pour tout le monde d'en parler librement? << Je dis : courage, mais il s'agit peut-être d'autre chose. Ceux qui n'ont pas franchi le pas, qui ne se sont pas mis en accord avec leur nature profonde, ne sont pas forcément des effrayés, ils sont peut-être des désemparés, des désorientés; perdus comme on l'est au milieu d'une forêt trop vaste ou trop dense ou trop sombre. >>
« Arrête avec tes mensonges » n'a pas une construction satisfaisante bien qu'habile. Il faut attendre les toutes dernières page pour être ému. Mais alors seuls ceux qui n'ont jamais connu les amours impossibles pourront être insensible à cette confession, les autres se laisseront visiter par l'écho mélancolique de leur propre histoire. Ce livre a le bénéfice rare de la sincérité et celui de dénoncer sans fioriture ce qu'est souvent la triste condition, loin de la capitale, des amours homosexuels.






un aspirant mannequin

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Elia Tomás



























Deux jolis vélocypédistes visitent Berlin

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Berlin, avril 2015

Le baiser filial de Mombur Jean Ossaye






Juan Antonio Mañas, Peter arrive , 2013.


raide tendresse


mardi 30 janvier 2018

Jakob Landvik photographié et filmé par Cecilie Harris

Le mannequin norvégien  est l'un de ces garçons qui portent une telle beauté délicate que les photographes ne 





Salvador Escalona, maitre du street art à La Havane




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La Havane est une ville envoutante et extraordinaire. Paradoxalement elle doit d'avoir préservé sa spécificité et donc sa beauté grâce, si je puis dire à l'embargo américain qui a épargné l'architecture coloniale et surtout celle du début du XX ème siècle qui est unique car elle a été partout détruite ailleurs, en Amérique centrale et dans les Caraibes. Autre paradoxe, j'ai retrouvé une douceur de vivre (apparente ne soyons pas dupes) dans cette ile sous un régime "communiste" comparable à celle que j'avais rencontrée dans le Portugal du "salazarisme" finissant, dans ce Portugal d'hier qui était préservé par un repli sur lui-même.
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Comme ce préambule ne l'indique pas, ce billet va être consacré à un des artistes de "street art" les plus intéressants que j'ai pu rencontrer de par le monde, car, comme vous l'avez sans doute remarqué, je ne manque pas, lors de mes différentes escapades, de photographier les oeuvres de ces peintres des rues qui souvent embellissent les murs et parfois les dégradent; c'est encore un autre paradoxe; ce billet en comportera beaucoup, ce qui me parait inévitable lorsque l'on parle de Cuba...
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Or donc rencontrons Salvador Escalona. La découverte se mérite car pour y arriver lorsque l'on vient du cartier historique d'Habana vieja et de sa place d'arme, point de départ le plus pratique pour toutes excursion dans la ville, il faut traverser tout le quartier Centro Habana car la ruelle décorée par notre peintre (qui a fait des émules dans les parages) ce trouve à l'extrémité du quartier près de celui de Verado.

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Je vous conseille de traverser tout Centro Habana par l'intérieur pour admirer les bâtiments début de siècle dont je vous parlais plus haut et non de prendre par le Malecon, le boulevard du bord de mer, et ensuite le quitter par l'avenue qui lui est perpandiculaire, de Mencal; mais c'est aussi une solution. Il ne faut pas avoir peur de se perdre car El callejon de Hamel la ruelle peinte est connue des habitants qui se feront tous un plaisir de vous renseigner. Elle se trouve entre deux grandes avenue, Aramburu et Hospital.



Salvador Escalona est un peintre à la fois naif et fantastique. Peintre autodidacte, il se déclare inspiré par Dali, Miro, Picasso et les muralistes de la révolution mexicaine. Je dois dire que cela ne m'a paru évident à voir ses fresques sur les murs de son quartier pas plus qu'en visitant son atelier ou en le voyant peindre. La peinture de Salvador Escalona ressemble surtout à du Escalona et c'est très bien comme cela. Plus décelable dans son inspiration est celle d'une culture afro-cubaine avec ses divinités nées de tous les syncrétismes qui travaillent l'ile.

Le peintre a mis près de dix ans a décorer tout le pâté de maisons dans lequel il réside. Il ne peut s'agir d'un geste spontané dans un régime aussi autoritaire que celui de Castro. Toutes ces fresques n'auraient pas pu être peintes sans l'aval du pouvoir.

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Salvador Escalona de son quartier de La Havane a essaimé ses peintures murales dans toute l'Amérique latine. Il voyage beaucoup mais lors de mon passage j'ai eu la chance de le rencontrer et de le voir peindre... dans sa rue, totalement dans sa bulle, étranger au vacarme qu'il l'entourait, tout à son oeuvre. A ce propos j'ai remarqué la grande faculté de concentration qu'on les cubains pour s'extraire du bruit de la ville et des incessants bavardages de leurs compatriotes (ci-dessous, le maitre au travail).


La rue, réservée aux seuls piétons, n'est pas seulement peinte (jusqu'au ciel), elle est encombrée d'installations avec comme objet récurrent la baignoire, sur l'une d'elle on peut lire: La nave del olvido (le navire de l'oubli). D'autres installations peuvent même être habitées (comme celle ci dessous). On y trouve aussi des sculptures diverses dont certaines semblent des sortes d'hôtels puisqu'elles reçoivent des offrandes.
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Très organisé tout cela, je me baguenaudais le nez en l'air, les appareils photos fumants, lorsque j'ai été conduit fort aimablement dans la petite galerie où l'on peut acheter les oeuvres du maître (pas les celles sur les murs mais celles peintes à l'acrylique sur un fort papier à dessin ). Il y a un grand choix et on peut passer le temps que l'on veut à les admirer, certaines sont sur les murs mais la plupart sont en piles. Il faut fouiller! Elles sont d'un prix occidental modéré mais d'un prix cubain élevé. Pour emporter une oeuvre il est conseillé d'avoir un tube en carton assez long disons 80 cm et d'un bon diamètre, 15 cm pour ne pas casser le papier.


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On m'a dit que les installations changeaient assez souvent donc on peut y revenir régulièrement. Très important il y a aussi une petite buvette qui sert un cocktail maison, le Negron bien requinquant après la traversée pédestre de La Havane.



La Havane, Cuba, décembre 2009