lundi 14 mai 2018

Jean-Germain Drouais



 Nu académique de François-Germain Drouais


 


Je suis toujours fasciné par ces destins qui promettaient beaucoup et furent empêchés par une mort précoce. Jean-Germain Drouais fut de ceux-là.
Jean-Germain Drouais fut l'élève préféré de David qui réalisera son portrait (voir l'image immédiatement ci-dessus. Il devait rester pour l’éternité un jeune homme, car outre son apparence juvénile, il mourut (probablement de la syphilis, ont dit souvent pudiquement de la variole) à l’âge de 24 ans en 1788, ce qui en fait bel et bien un peintre du 18è siècle. La nécrologie de Drouais cite une lettre de David rappelant le séjour de Rome pendant lequel Drouais collabora au Serment des Horaces (la robe jaune de Julie et le bras d’un des Horaces serait de lui).


 « Je pris le parti de l'accompagner autant par attachement pour mon Art que pour la personne. Je ne pouvais plus me passer de lui, je profitais moi-même à lui donner des leçons, et les questions qu'il me faisait seront des leçons pour ma vie. J'ai perdu mon émulation ». Quelques années plus tard dans son journal, David dira encore : « Revenons à Drouais, le premier en date, et peut-être hélas! le premier en tout, mais la mort l'ayant atteint à l'âge de vingt-quatre ans, elle a privé la France de l'homme peut-être destiné à être cité avec Raphaël. »



Considérant le peu de temps qu’il vécut, Jean-Germain Drouais laisse une œuvre considérable au regard surtout de la taille des toiles et de l’influence qu’elles devaient durablement exercer tant sur son Maître que sur le mouvement romantique. En 1782, à peine âgé de dix-huit ans, Drouais stupéfia le public par son Retour du fils prodigue.



  
Après avoir emporté le prix de Rome à sa deuxième tentative, il donna ce qui passe pour son chef d’œuvre, et un hommage assez clair aux Horaces, Marius à Minturnes :


Gravure de Louis Darcis d'après le tableau de Drouais

 Soldat Cimbre, étude pour Marius à Minturnes


     Tableau pour la réalisation duquel il fut dispensé d’envoyer de Rome une seconde académie, genre dans lequel il excellait déjà dans ses œuvres d’étude (ci-dessous 1778)





Son plus célèbre envoi de Rome est le Soldat Romain blessé


étude
  
     Etant donné qu’on ne trouva à la mort de Drouais dans son atelier qu’un Philoctète non exposé,
    
         Les commentateurs restent circonspects quant à déterminer quand il trouva le temps de peindre  
              Le berger Pâris qui n’est mentionné dans aucun documents d’époque : 


Episode de la vie de Tirésias


la constance d'Eléazar


la jeune femme assise

Christ bénissant les enfants

La Résurrection du fils de la veuve de Naïm

La Cananéenne aux pieds du Christ

La leçon de mathématique

le christ chassant les marchands du temple

paysage italien

Rive du Tibre du côté de la Cloaca Maxima


gladiateur assis



la mort d'Antoine

2 commentaires:

  1. Merci pour ce beau billet, qui me rappelle le livre très intéressant de Thomas Crow « L’atelier de David – Émulation et Révolution »( référence que je dois à Bruno sur ce blog ) Les 100 premières pages du livre sont consacrées à la personnalité brillante de Jean-Germain Drouais. Il est d’ailleurs question de lui dès l’introduction, avec une citation de David : « Drouais m’échauffais, ses progrès augmentaient mon amour pour la peinture. Il est mort ; c’est est fait, j’ai perdu mon émulation. » Le texte est ensuite fort précis, très bien documenté par des reproductions et des textes d’époque concernant le travail de Drouais à Paris et à Rome, et sa participation au fameux "Serment des Horaces" de David. Mais ce qui m’a vraiment impressionnée, en plus des dons exceptionnels de Drouais et de ses capacités de travail énormes, c’est son indépendance de comportement. Ainsi tente-t-il de refuser, quand il est à Rome, de copier un tableau pour le roi comme le règlement l’y oblige, en « avouant que c’était un martyre pour lui que de copier toute autre chose que la nature » ... ce qui m’a semblé être une attitude étonnamment moderne. Quel dommage en effet qu’un pareil talent ait disparu si prématurément !

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    1. Je dois être mauvaise langue mais j'ai l'impression qu'il n'y avait pas que la peinture de Drouais qui échauffait David. Le joli minois de Drouais devait aussi faire augmenter sa température...

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