lundi 11 juin 2018

Le temple Oscar Wilde de David McDermott et Peter McGough



Les artistes américains David McDermott et Peter McGough ont réalisé le « Oscar Wilde Temple », une installation publique consacrée à l’écrivain irlandais. L’auteur, qui revendiquait son homosexualité avec fierté, y incarne le mouvement de libération gay.

Conçu comme un espace de rassemblement séculaire, le Oscar Wilde Temple de New York est le fruit d’une synergie entre le Lesbian, Gay, Bisexual & Transgender Community Center of New York City (The Center) et l’église méthodiste The Church of the Village. Imaginée par le duo d’artistes McDermott & McGough dans les années 1980, cette installation combine sculpture, peinture et certains éléments spécifiques au site pour créer un environnement qui rappelle le « Aesthetic Movement », dont Oscar Wilde était le précurseur. Bien plus qu’un hommage à cette figure phare de la littérature anglo-saxonne, le projet encourage la tolérance envers toutes les orientations sexuelles et conteste leur exclusion par certaines institutions religieuses.« L’histoire d’Oscar Wilde a eu une énorme influence sur notre parcours personnel et artistique. Avec des jalons comme le mariage pour tous qui a été voté en Irlande […] nous avons finalement trouvé le bon moment pour mettre en place le travail que nous rêvions de faire depuis longtemps », a affirmé Peter McGough. Quant à, David McDermott, il déclare : « Le Temple doit être un endroit libre de doctrine religieuse, qui rend hommage à une figure pionnière de la lutte pour l’égalité des droits des gays, lesbiennes, bisexuels et transgenre. » Le Temple a été inauguré le 11 septembre 2017,. Il accueille des cérémonies privées sous réservation, tels que des mariages ou des services commémoratifs. Tous les bénéfices vont aux programmes du Center, qui soutient la jeunesse LGBTQ risquant d’être sans-abri.

L'espace est approprié parce que Wilde a été profondément inspiré par le catholicisme tout au long de sa vie. Le temple Oscar Wilde de McDermott et McGough  - fusionnant symbolisme gay et liturgique - vous invite à entrer dans les paradoxes intérieurs de Wilde et honore la position qu'il a prise contre la haine et l'homophobie.
Wilde a déclaré:  "Les richesses ordinaires peuvent être volées à un homme. Les vraies richesses ne le peuvent pas. Dans le trésor de votre âme, il y a des choses infiniment précieuses, qui ne peuvent vous être enlevées. » Les divers élément du "tombeau" réalisé par McDermott et McGough sont des tremplins pour pénétrer dans l'histoire de Wilde et la compréhension des  trésors secrets de son âme .


Une statue en bois de tilleul de Wilde est le point focal de l'espace. La sculpture est basée sur une photo de lui par Napoléon Sarony, qui a été prise lors du réveillon du Nouvel An de 1881. Sous la statue est placé une étiquette avec le numéro "C.33", qui était son numéro quand il a été emprisonné pour être gay.


McDermott et McGough racontent l'histoire de l'arrestation, du procès et de l'emprisonnement de Wilde avec une série de sept peintures bleues et or disposées sur les murs. Ils font écho au Chemin de Croix, qui retrace l'histoire de la crucifixion du Christ et que l'on trouve dans toutes les églises. La tête de Wilde est nimbé d'un halo d'or tel un saint dans chacun des tableaux, le présentant comme un saint et un martyr. La lumière projetée sur chaque œuvre fait scintiller la peinture dorée, l'auréole de Wilde luisant en particulierement. Lord Darlington s'est exclamé dans l' Importance d'être sérieux(1895): « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d'entre nous regardent les étoiles.» Cette citation est accrochée sur un des mur. Ce mot d'esprit se illustre le fait que les aplats de peinture dorée brillent comme des étoiles dans l'obscurité.
Comparer Wilde au Christ est une démarche audacieuse et ambitieuse, mais il n'y a ni cartouche, ni catalogue pour expliquer la signification de chaque tableau. Les visiteurs sont laissés à eux-mêmes. 
cela vaut donc la peine d'expliciter les images de chaque peinture, de chaque "station".


Le premier tableau montre l'arrestation de Wilde. En Angleterre victorienne, le sexe gay était criminalisé. Les hommes généralement niait quand ils étaient accusés d'être homosexuel, de peur d'aller en prison. Contre l'avis de nombreux de ses amis qui conseillaient à Wilde de simplement quitter l'Angleterre, Wilde est resté sur place et a voulu affronter la justice. Peut-être pensait-t-il que le procès d'une célébrité littéraire pourrait être un acte politique en exposant la folie de l'homophobie. Peut-être ne savait-il pas ce qui allait se passer, mais il savait que l'absurdité du statu quo devait être remise en question.


La deuxième peinture montre comment la collection d'art de Wilde a été vendue aux enchères pour payer les frais du procès. Wilde était un écrivain avec un revenu fluctuant et son père lui avait laissé très peu en héritage, donc il n'avait pas suffisamment de liquidité pour payer les frais.


Le troisième tableau montre un coiffeur qui coupe en prison les longs cheveux de wilde alors qu'il aimait ses longs cheveuxCela faisait partie du processus de son humiliation.


Le quatrième tableau montre Wilde seul en prison. Lui qui aimait faire la fête et faire la conversation, ce confinement lui était particulièrement pénible. Mais il canalisa la douleur et écrivit des lettres critiquant la condition carcérale qui furent largement diffusées.


Le cinquième tableau montre le procès quand Wilde a pris la barre et a été invité à répondre aux preuves sur ses relations avec les hommes. Il y avait des rires dans la salle à certains moments alors que Wilde répondait avec humour et esprit pour dévier les question. Mais il y avait aussi de l'angoisse et la consternation pendant que Wilde continuait à défendre l'amour qui n'ose pas dire son nom dans un discours maintenant célèbre.


Le cinquième tableau figure Wilde dépressif et malade lors de la rituelle promenade quotidienne.



Le dernier tableau représente Wilde lors de sa sortie de prison.
Malheureusement, peu importe l'excitation qu'il a ressentie à sa libération. Elle a été de courte durée. Il a quitté l'Angleterre et a vécu le reste de sa vie en France. Il n'a jamais récupéré physiquement, émotionnellement, psychologiquement ou financièrement du procès. Il est mort dans une chambre d'hôtel à Paris en novembre 1900.



Wilde n'est pas la seule personne qui a jamais souffert pour ne pas être hétéro. McDermott et McGough évoquent d'autres histoires. Sur le mur du fond sont accrochés de petits portraits d' Alan Turing , de Harvey Milk , de Marsha P. Johnson , de Brandon Teena , deXulhaz Mannan et de Sakia Gunn.

Le temple Oscar Wilde de David McDermott et Peter McGough est situé au 201 West 13th Street, Greenwich Village, Manhattan. Le temple est ouvert au public du mardi au samedi de midi à 19 h et le dimanche de 12h30-15h30. (mais je ne sais pas si cette manifestation est pérenne...) 

3 commentaires:

  1. Merci de nous avoir permis de découvrir ce temple étrange. Cela m’a fait penser au caodaïsme, une religion née en Cochinchine au début du siècle dernier et qui avait fait de Victor Hugo un saint. Je me demande si les créateurs de ce temple ne s’en sont pas inspirés.
    Chaque époque a ses gloires. J’apprécie beaucoup Oscar Wilde comme écrivain, mais je trouve qu’il y a quelque chose de puéril dans ces tableaux où Oscar Wilde est représenté avec une auréole.

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    1. Je ne connaissais pas la religion que vous citez; cela me parait vraiment extravagant de faire d'Hugo un saint. Je crois qu'il en aurait été très surpris presque autant que Wilde se voyant avec une auréole. Mais ce couple d'américain est assez farceur et le deuxième voir le troisième degré n'est jamais loin dans leurs oeuvres.

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  2. Et coïncidence sur le gâteau, Melmoth rime avec Dermott ! Il est très bien ce temple ... mais j’en voudrais un encore plus beau pour mon cher Bienheureux Gide, qui n’a que le défaut de n’être ni catholique ni martyr.

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