dimanche 22 octobre 2017

Le petit lanceur de pierre d'Henri Legendre






La curiosité du promeneur du boulevard Poincaré à Metz  ne peut manquer d’être éveillée par la statue d’un jeune jeteur de pierre. Son auteur est Henri Legendre, un sculpteur-statuaire et graveur médailliste mosellan né  en 1898, à Tritteling en Lorraine annexée. Sa formation artistique, longue et chaotique, interrompue par la guerre, se termina à l’École des beaux-arts de Paris où, de 1923 à 1929, il collectionna médailles et récompenses. Logé à « La Ruche », célèbre vivier artistique cosmopolite de Montparnasse, il fut primé au salon des artistes français de 1928 pour une statue intitulée Le petit jeteur de pierre. Un mécène messin s’éprit de l’œuvre, l’acheta, la fit couler en bronze et l’offrit à la ville « pour servir à l’ornement de ses promenades ».
Entre 1928 et 1938, tout Parisien qu’il fût devenu et en dépit de ses voyages en Afrique Occidentale Française, en Italie et en Guadeloupe, il bénéficia de nombreuses commandes messines et mosellanes: le relief qui orne l’entrée du collège Rabelais au Sablon, le relief représentant L’ancien Moyen-Pont au Moyen-Pont, le bas-relief, la Chance dans l’ancienne caisse d’épargne. Pour se libérer d’un prêt d’honneur, accordé par le conseil général, Legendre offrit à Metz le plâtre de La jeune fille à la colombe (médaille d’or au Salon de 1934), à charge pour la Ville de la faire fondre. En 1938 enfin, Legendre modela, sur commande de l’État, une Petite Lorraine offrant des fleurs qui suscita un bel enthousiasme. Ses plaquettes, ses médailles et ses nombreux projets, aujourd’hui dispersés, furent autant de marqueurs de la vie économique et culturelle d’une ville en quête d’une nouvelle identité après un demi-siècle d’annexion.
On suivra aussi le destin surprenant de ses étonnantes œuvres africanistes, reflets de la France coloniale d’alors, et de ses œuvres antiquisantes et art déco, primées aux salons des artistes français et aux grandes expositions internationales de Bruxelles et de Paris et dont certaines, après avoir été exposées à Metz, se retrouvent, de nos jours, en Normandie ! On voit également des œuvres messines et post-messines de Legendre à Versailles, où il fut professeur, au Musée de Barentin et dans le Musée des Années Trente à Boulogne-Billancourt. Il meurt en 1978.









Metz, octobre2017

4 commentaires:

  1. merci pour ce papier érudit et cette belle découverte;en recherchant un peu et avec un peu de temps il y a sûrement matière à un livre éclairé sur la sculpture "éphèbique" française et italienne des 19 et 20 èmes siècles

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  2. Il y a en effet matière à un ouvrage sur la sculpture éphèbique mais pourquoi la limiter au deux pays que vous citez, cher anonyme, il y en a originaires de bien d'autres contrées. L'ouvrage serait très copieux mais deux écueils de taille s'élèvent pour mener à bien cette entreprise tout d'abord l'énormité du travail qu'elle demanderait et ensuite trouver un éditeur dans ces temps obscurantistes.

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  3. Vos photos de ce charmant "ricocheur" sont particulièrement réussies, vous avez su profiter au mieux de la belle lumière ! Je viens de lire dans un livre sur les statues de Metz, que celle-ci se trouvait auparavant pendant la dernière guerre rue Rudolf Hess. Donc ailleurs ? Peut-être en pleine ville, mais où ? On ne trouve nulle part la correspondance des rues renommées alors par les Allemands... Une chose est sûre, si cette statue n’était pas actuellement si bien cachée, peut-être serait-elle malheureusement vandalisée comme la superbe "Fontaine aux enfants" ( superbement éphébique ) d’Ernest Gabard à Pau, que j’avais d’abord découverte sur votre blog . Cet été j’avais essayé de la voir , mais j’ai appris à l’office du tourisme qu’elle était "stockée en mille morceaux", après avoir été trop souvent martyrisée.

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  4. Triste nouvelle à propos de la fontaine de Pau; néanmoins merci de nous informer.

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