jeudi 30 novembre 2017

Sous le ciel de Tokyo de Seiho Takizawa









L’auteur de « Sous le ciel de Tokyo… », Seiho Takizawa, est un passionné d’aviation.


Le récit débute en 1943, l’issue du conflit commence à tourner au désavantage des Japonais, en infériorité technique par rapport à l’ennemi américain, condamnant l'armée japonaise à de lourdes pertes à chaque affrontement. Parmi les pilotes de l’armée impériale, la colère et l’incompréhension vis-à-vis de la hiérarchie se fait jour. Le héros de "Sous le ciel de Tokyo" est l'un d'eux: Shirakawa. Malgré son jeune âge, il a déjà de nombreuses victoires à son actif. Dés les premières pages, il est retiré du front pour être muté dans un centre d’essais aériens dans lequel ce pilote de chasse chevronné, en tant que pilote d'essais, devra valider ou non les nouveautés que les ingénieurs apportent aux avions de combat. Améliorations indispensables pour affronter les avions américains qui sont devenus techniquement très supérieurs à leurs homologues japonais.  On nous présente toutes les difficultés rencontrées par l'armée de l'air japonaise contre les États-Unis, à la technologie bien plus avancée. Les personnages décrivent avec précision les appareils, leur caractéristiques, leurs performances.  À travers les recherche scientifique japonaise pour faire face à la flotte ennemie, on suit aussi le déroulement de la guerre, qui se rapproche de plus en plus du sol japonais. Dans ses nouvelles fonctions Shirakawa, jeune marié, avec Mariko, retrouve une vie de famille dans un Tokyo, encore épargnée au dernières page du volume. Pour qui connait Tokyo cet aspect de l'histoire est très émouvant car on sait que tout ce que l'on aperçoit et chaque action est très précisément située, a aujourd'hui disparu, détruit par les intenses bombardements américain de 1945.





La sortie de "Sous le ciel de Tokyo…"histoire en deux tomes dessinée par le mangaka Seiho Takizawa, est assez remarquable au sein des récits de guerre. Elle a été pré-publiée à l’origine dans un magazine spécialisé dans l’aviation. La série est extrêmement documentée sur ses aspects politiques, militaires et aéronautiques. Elle a côtoyé, dans ces pages, une autre série dessinée sur la même époque, celle d’Hayao Miyazaki qui a préfigurée le long-métrage d'animation "Le vent se lève, un film de Miyazaki", sorti en 2013. Les deux histoires sont assez proches, celle d’un couple pendant la guerre, mais peut-être abordée par Seiho Takizawa de manière moins intimiste et plus critique vis à vis de la hiérarchie militaire que dans celle de Miyazaki. Mais c'est à un autre chef d'oeuvre de l'animation japonaise, "Dans un recoin de ce monde" que sous le ciel de Tokyo fait encore plus penser.






L'auteur Takizawa, 54 ans, est un passionné d’aviation. Tous ses mangas, une quinzaine aujourd’hui, s’y rapportent. 4 de ces ouvrages ont été édités en français par les éditions Paquet entre 2013 et 2015. Si la plupart ne s’adressent même qu’aux férus d’aéronefs. Sous le ciel de Tokyo… intéressera un beaucoup plus large public d'abord parce qu'il met la guerre dans le ciel en perspective par rapport aux décisions prisent par l'état major et que surtout il montre la vie quotidienne des civil pendant cette guerre. A ce propos Takizawa s'explique sur sa démarche: << Je n'ai pas fait que cette période-là en manga, mais si je fais beaucoup de récits dans cette époque, c'est surtout parce que mes parents l'ont vécue et m'ont raconté leurs expériences de cette guerre de façon très réaliste. Recueillir des témoignages de personnes qui ont connu ça est quelque chose de très fort émotionnellement. Et surtout, c'est presque la seule guerre dans laquelle le Japon s'est énormément investi à grande échelle. C'est pour ça qu'en tant que Japonais, je pense que j'ai la nécessité de dessiner cette période-là (...) Quand on lit un récit de guerre, généralement on a droit à des scènes de batailles très glorieuses, très violentes, et ce ne sont que des hommes courageux qui sont mis en avant. Dans mon cas, ici j'ai voulu montrer ce que ces gens-là, ces soldats, sont des hommes comme tout le monde, qui s'inquiètent de leur salaire à la fin du mois, qui se disputent avec leurs proches, veillent sur eux... Devant les récits classiques de guerre, j'ai voulu proposer des scènes de combat bien sûr, mais aussi les facettes plus simples et plus humaines.>>.


Comme dans "Un recoin de ce monde", Sous le ciel de Tokyo nous montre bien combien la société japonaise de l'époque était violente. Le manga met en évidence l'importance des femmes dans cette période et paradoxalement combien elles étaient considérées comme des êtres subalternes. La narration est très riche en dehors de ses deux axes principaux, les affres du pilotes lors des périlleux essais (qui ne sont pas sans rappeler ceux des héros L'ile des téméraires) de  et la relation de couple qu'il entretient avec Mariko.  Beaucoup de choses sont suggéré comme le patriarcat régnant en maitre sur la société. Au début on comprend qu'outre son amour de l'aviation si Shirakawa s'est engagé dans l'armée c'est aussi parce qu'il n'est pas l'ainé et que c'est son frère qui reprendra l'affaire familiale. Le milieu dans lequel se déroule l'histoire est celui de la bourgeoisie. Dans un autre passage le supérieur de Shirakawa lui dit qu'épouser Mariko nuira à sa carrière car son père est un journaliste étiqueté à gauche. Par cette simple remarque on voit combien la société japonaise d'alors était sous la surveillance de la police et combien la liberté de penser était interdite.
En ce qui concerne le dessin, si les décors sont très bien rendus et s'il ne manque pas un rivet aux différents avions. La qualité de la représentation des aéronefs s’explique par le fait que mangaka a débuté sa carrière dans un magazine de maquettes, en l’occurrence Model Graphix. Et au Japon, le modélisme est élevé au rang d’art. Mais comme souvent dans le manga réaliste les visages des personnages ne sont pas toujours réussis. Takizawa a en plus la curieuse manie de dessiner les nez retroussés, en trompette! Ce qui n'est pas vraiment une particularité japonaise.... 





« Sous le ciel de Tokyo... »

Habituellement publié de façon très confidentielle, Seiho Takizawa a été démarché, pour cette série, par une plus grande maison d’édition généraliste, Futabasha. "Sous le ciel de Tokyo" a connu un joli succès d’estime auprès des lecteurs nippons. Son récit est d’autant plus remarquable que le dessinateur n’a pas non plus oublié les épris de batailles en livrant à pleines planches des combats aériens avec à mon avis toutefois moins de brio que Souichi Sumoto dans Zéro pour l'éternité de Naoki Hyakuta dessiné par Souichi Sumoto. La teneur de ce premier volume n'est pas dramatique car il met en scène des personne qui vivent encore loin du front. Il en sera sans doute autrement dans le second tome.








« Sous le ciel de Tokyo... »

Autres billets sur le blog se rapportant à ce sujet: Zéro pour l'éternité de Naoki Hyakuta dessiné par Souichi SumotoLe sanctuaire de Yasukuni-jinja, Tokyo, JaponL'ile des témérairesLe vent se lève, un film de Miyazaki


Le mariage de Kipling de François Rivière







Il n'y a guère de romanciers dont j'achète les livres dès qu'ils apparaissent en librairie sans même savoir de quoi ils retournent. Il n'y en a même que deux, Patrick Modiano et François Rivière. Pour le premier, les trompettes de la renommée me préviennent plusieurs semaines avant l'arrivée de son nouvel opus en rayons. Pour le second, il en va tout autrement, car après pourtant de nombreux ouvrages publiés, assez inexplicablement la sortie d'un nouveau livre de François Rivière se fait en catimini et nécessite que je traque sans relâche son apparition sur les tables des librairies que je parcours avec assiduité depuis tant d'années. Pour "Le mariage de Kipling" c'est à La Hune, en face du café de flore, un des lieux à Paris que je préfère, que j'ai eu la joie de le découvrir.
Le titre, "Le mariage de Kipling" ne trompe pas sur la marchandise. Le roman narre bien les évènements qui amenèrent le jeune, mais néanmoins déjà fameux, écrivain à convoler en justes noces avec Carrie Balestier une non moins jeune américaine, relativement, elle a trois ans de plus que notre héros. 
L'écrivain dont François Rivière brosse le portrait apparait bien différent de celui que l'on pourrait imaginer à la lecture, ou à l'écoute (Bernard Lavilliers, le dit très bien, à moins qu'il le slame...) de "Tu seras un homme mon fils". A la fin du volume on s'aperçoit que Kipling (1865-1936) épouse mademoiselle Willcott essentiellement pour faire taire les ragots qui l'accusent d'homosexualité, pas complètement à tort, bien que la pusillanimité de l'écrivain fasse qu'il n'est qu'un pratiquant occasionnel de cette gymnastique. Ma science kiplinesque étant des plus réduite, je ne saurais dire si Rivière affabule ou si au contraire il serre la vérité de près, mais qu'importe puisque le plaisir est au rendez-vous et qu'il ne s'agit pas d'un livre estampillé biographie mais d'un roman.
Mais on peut légitimement penser que l'homosexualité de Kipling n'est pas un fantasme de François Rivière ou alors qu'il est partagé car il est probable que François Rivière (je me suis tout de même un peu documenté suite à la lecture de son livre) s'est inspiré pour écrire "Le mariage de Kipling" de la biographie que Martin Seymour-Smith a écrite en 1989 où il soutenait que Kipling était un grand dissimulateur et qu'homosexuel, il menait une double vie, double vie qu'il transposa dans son roman Kim. Seymour-Smith le dépeint comme amoureux de Wolcott Balestier. D'autre part, Angus Wilson (voilà un caustique écrivain qu'il faudrait rééditer dans notre pays) supposait que Kipling était gay se fondant sur les déclarations d'Henry James qui fut alarmé du chagrin de Kipling à la mort de Wolcott et qui devant la surprise de beaucoup de voir le jeune écrivain épouser précipitamment une femme aussi masculine, déclara qu'au contraire il aurait été surpris qu'il en fut autrement... Faut-il voir dans la destruction systématique de papiers personnels (lettres, journaux intimes, et les projets de travaux), commencée par Kipling de son vivant,   poursuivie par son épouse après sa mort, et enfin complété par sa fille après la disparition de Mme Kipling qui a eu pour conséquence que la plupart des éléments de preuve concernant la vie privée de Kipling ont disparu, un fait qui étaye la thèse de l'homosexualité du grand homme ou tout du moins quelques secrets dont sa famille voulait supprimer toutes traces? On peut que se féliciter que paradoxalement François Rivière ait fait son miel de cet autodafé. 
Mes souvenirs de lecture de Kipling remontent à mon adolescence durant laquelle, j'ai lu "Le livre de la jungle", "Capitaines courageux", "Kim" et "La lumière qui s'éteint", que mon grand père tenait en haute estime et dont on assiste à l'écriture durant "Le mariage de Kipling". Et c'est tout, ce qui je l'admet est bien court. Je suis donc parfaitement incompétent pour vous dire si ce qu'écrit François Rivière est vrai ou relève de la fâcheuse propension qu'on maint homosexuels à voir de leurs coreligionnaires partout? Je pencherais plutôt pour la première supposition n'aimant pas mettre en doute la probité d'un de mes écrivains favoris. Néanmoins je suis surpris qu'il soit si facile à l'époque, le livre est clairement daté, de remplir son lit de jeunes et beaux militaires... si l'on a un peu d'argent.
Le roman se déroule de 1889, date de l'arrivée de Rudyard Kipling à Londres, jusqu'à son mariage avec Carrie Balestier, en 1892. L'épouse de l'écrivain est la soeur de Wolcott Balestier l'agent littéraire de Kipling et par ailleurs celui qui le dévergonde. Les péripéties qui nous sont narrées se passent donc avant l'affaire Oscar Wilde, auquel je m'étonne que François Rivière ne se soit pas déjà intéressé à son cas, il fait néanmoins une apparition à la fin de l'histoire, qui éclata en 1895 et qui fut un séisme dans la vie des homosexuels anglais et dont les secousses atteignirent bientôt la communauté dans l'Europe entière.
Outre Wilde, on voit passer certaines célébrités comme  Edward Burne-Jones,  qui est l'oncle, du coté maternel de Rudyard Kipling, et surtout Henry James dont François Rivière trace un savoureux portrait.
Henry James est un des points communs du "Mariage de Kipling" avec un autre livre, paru il y a quelques moi, qui lui aussi extrapole sur la vie d'un écrivain de la fin du XIX ème et dans lequel, également, l'attirance du héros pour les garçons est en définitive le ressort de l'action; je veux parler d'"Hotel de dream" d'Edmund White dont le personnage principal est l'écrivain Stephen Crane (j'ai consacré un billet à "Hotel de dream, c'est ici ).
Petite incise à cette notice. Je lis toujours les bibliographies des auteurs, placées soit en début de volume, soit à la fin ou aux deux endroits pour les plus copieuses. Dans le cas de François Rivière je suis surpris que tous ses romans parus aux éditions du Masque, les enquêtes de Purley et Odot, soient passés à la trappe. En aurait-il honte, à moins que ce soit son éditeur. Je ne résiste pas au plaisir de citer leurs titres: Le Livre de Kipling (Masque n°2222, 1995, Le Colloque de Biarritz (Masque n°2274, 1996), Le Testament de Rebecca (Masque n°2364, 1998), Le Jardinier de Babbacombe (Masque “Grand Format”, 2000). C'est d'autant plus dommage que le premier volume de la série à un rapport direct avec "Le mariage de Kipling" puisqu'il est question de ce dernier et que les héros de cette série exercent le métier d'agent littéraire comme Wolcott Balestier.



le bureau de Kipling

 
François Rivière aurait bien tort de récuser cette partie de son oeuvre que je place sur le même plan que ses autres ouvrages et dont ils se dégagent un charme suranné et entêtant.
A disparu également de sa bibliographie sa trilogie fantastique" Blasphème" qu'en se qui me concerne je goute moins, mais qui n'est pas négligeable pour autant. Wikipédia France a édité une bilbliographie de François Rivière, qui, elle me parait exemplaire (c'est ici). 
Ce livre, conjointement aux rayons de ma bibliothèque, invite aux incises. En voici une autre, en effet allant compulser les volumes bien alignés des oeuvres de François Rivière, je vois non loin d'eux la succulente série des "Demeures de l'esprit" de Renaud Camus, aux éditions fayard, et je me souviens qu'en ouverture du premier tome de la série son auteur, traitant de Bateman's, la résidence qu'occupa Kipling une quinzaine d'années après les évènement que nous conte "La mariage de Rudyard Kipling, et cela jusqu'à sa mort,  confessait ce qu'elle devait à Rudyard Kipling: " C'est à Bateman's que m'est venue l'idée ou de cette série de livres sur les maisons d'artistes et d'écrivains". Comme quoi les lettres françaises sont hautement redevable à Rudyard Kipling; un Rudyard Kipling que l'on entrevoit chez Renaud Camus un peu différent du héros du "Mariage de Rudyard Kipling.    
Si François Rivière n'a pas complètement mis ses ambitions polyphoniques sous le boisseau, son dernier livre est d'une construction plus fluide (et d'une écriture toujours aussi précise) que ceux de ses débuts où il était influencé par le nouveau roman. L'écrivain n'a fait au cours de sa carrière que simplifier, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, la construction de ses ouvrages qui était un peu trop chantournée pour les premiers, pour en arriver à la narration limpide de celui-ci où l'on retrouve l'inimitable ton de l'auteur à la fois érudit, malicieux, retenu et désenchanté avec toujours cette anglomanie légèrement désuète qui m'enchante.


Pour retrouver François Rivière sur le blog: Un garçon disparaît de François RivièreL’USINE À RÊVES DE FRANÇOIS RIVIÈREVILLA MAURESQUE PAR FLOC'H & RIVIÈREPROFANATIONS, FRANÇOIS RIVIÈRELe mariage de Kipling de François Rivière

L'HÔPITAL DES CHEVALIERS À RHODES



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Rhodes, Grèce, octobre 2013

SADAO HASEGAWA


Sadao Hasegawa

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Sadao Hasegawa

Sadao Hasegawa

Sadao Hasegawa

Sadao Hasegawa

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LE PÊCHEUR DE PALMI



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Palmi, Italie, aout 1985

Benoit D.


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Paris, Grenoble, Turin, Londres, automne 2004 et hiver 2005