mercredi 31 octobre 2018

Antoon van Welie, 1866-1956, L'atelier des artistes (1906)


Sigmaringen de Pierre Assouline




Devant certaines oeuvres littéraires, ou autres, on hésite entre l'admiration pour l'audace de l'entreprise et l'ahurissement face au coté présomptueux de leur auteur. C'est le cas pour le roman de Pierre Assouline "Sigmaringen" dans lequel il décrit le microcosme des derniers collabos réfugiés dans la petite ville allemande de Sigmaringen de septembre 1944 à avril 1945.



Sigmaringen au pied de son château


S'attaquer à un tel sujet serait une bonne idée, d'autant qu'Assouline est un spécialiste de la collaboration, si le thème n'avait pas été déjà traité magistralement par Céline dans "D'un château l'autre", le chef d'oeuvre d'après guerre du bon docteur. Comment peut-on espérer approcher, même de loin, le brio du livre de Céline, qui en plus de sa verve y délivre un témoignage de première main puisqu'il faisait parti de ces réfugiés?

« Croyez-moi, ce n'est pas par vocation que je me suis retrouvé à Sigmaringen. Mais on voulait m'étriper à Paris parce que je représentais l'antijuif, le fasciste, le salaud, l'ordure, le prophète du mal. Donc je me suis retrouvé en compagnie de 1142 condamnés à mort, français, dans un petit bled allemand. Ça valait le coup d'oeil, croyez-moi. Une cellule de 1142 types qui crèvent de rage, cernés par la mort, on ne voit pas ça tous les jours (...) J'étais là-dedans par curiosité. La curiosité, ça coûte cher. Je suis devenu chroniqueur, chroniqueur tragique. »
Céline



le maréchal et le docteur Ménétrel à Sigmaringen

Mais comme si le challenge n'était pas suffisant, Pierre Assouline a choisi de nous raconter cette histoire vue par Julius, l'intendant du château de Sigmaringen auquel son vénéré maitre et propriétaire de la dite demeure, le prince de Hohenzollern a laissé les clés avec la mission de servir ces français, dont le maréchal Pétain et Laval, tout en protégeant le château et les trésors qui s'y trouvent. Encore une excellente idée de la part de Pierre Assouline. Le malheur est que Julius est le décalque du butler du roman d'Ishiguro, "Les vestiges du jour" (paru en 1989). Même dévouement aveugle envers son maitre, même cécité pour la politique, même personnalité psycho-rigide qui le conduit à sacrifier sa vie privée sur l'hôtel de la dévotion à son patron chez les deux personnages. Les similitudes sont si grandes entre le Julius de "Sigmaringen" (paru en 2014) et le James Stephen que l'on peut parler d'une transposition frisant le plagiat. Pour aggraver son cas Assouline fait commencer son roman exactement de la même façon que celui d'Ishiguro: L'irréprochable serviteur part en voyage pour revoir une femme qui travaillait à ses cotés et pour laquelle il ressentait de l'amour...
On peut tout de même se demander ce qui a pu passer par la tête d'Assouline lorsqu'il s'est mis à la tâche de cet ouvrage. Fin connaisseur du landerneau littéraire Assouline ne pouvait pas ignorer qu'on comparerait inévitablement son opus avec l'ours du bon docteur. En revanche il a eu raison de pomper sans vergogne Ishiguro car apparemment le forfait est passé presque inaperçu! Mais peut être que la ressemblance entre les deux ouvrages est involontaire et que Pierre Assouline, par ailleurs grand pourfendeur de plagiaires, a été victime de sa trop grande mémoire de lecteur...





Entendons nous bien le roman d'Assouline n'est pas honteux en regard de la production romanesque française contemporaine. Il est dans la bonne moyenne. Sigmaringen est assez platement mais proprement écrit, très bien documenté car même si l'on connait assez bien les arcanes de la collaboration, on y apprend néanmoins quelques petites choses grâce à la mise en évidence de certains acteurs de la sinistre bouffonnerie de Sigmaringen qui sont habituellement passés sous silence, comme Lucienne Delforge. Pourtant quelle personnage que cette femme que Céline appela "petite fée du cristal des airs"... 




Ce qui est très intéressant dans le Sigmaringen de Pierre Assouline, c'est que le romancier ne cède pas au politiquement correct; par exemple Louis Ferdinand Céline apparait comme un homme plutôt sympathique, en médecin de la petite communauté française, soucieux surtout de soulager les malades. Beaucoup plus étonnant est le traitement qu'Assouline réserve à Joseph Darnand qui est montré comme un héros égaré...
Etait-il indispensable pour Pierre Assouline de se lancer dans le roman, alors qu'il est si bon biographe par exemple de Simenon à Hergé en passant par Gaston Gallimard. Mais c'était sans doute la condition nécessaire pour avoir son couvert chez les Goncourt... 
Sigmaringen vient de reparaitre. Il est l'un des ouvrages contenus dans le volume Bouquin de Pierre Assouline intitulé "Occupation" qui regroupe tous les écrits de l'auteur sur cette période.


Pour retrouver sur le blog quelques livres se rapportant à l'occupation: Mon journal depuis la Libération de Jean Galtier-BoissièreL'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski de Romain SlocombeLes boulevards de ceinture de Patrick Modiano1940 - 1945 Années érotique de Patrick BuissonOccupe-toi d'Arletty de Jean-Pierre LucovichDans le café de la jeunesse perdue de Patrick ModianoL'affaire Sadorski de Romain SlocombeSept Frères par Hervé Boivin, Didier Convard et Jean-Christophe CamusFONTENOY NE REVIENDRA PLUS DE GÉRARD GUÉGANSatan habite au 21 de Jean-Pierre de LucovichSigmaringen de Pierre AssoulineSadorski et l'ange du pêché de Slocombe,



Pour retrouver sur le blog quelques films se rapportant à l'occupation: LE PLUS BEAU PAYS DU MONDE de Marcel BluwalMONSIEUR MAX de Gabriel AghionUn amour à taire, un film de Christian Fauré,     

Sir George Clausen (1852-1944), "Bird-scaring", 1887


Cary Grant et Randolph Scott
































Cary Grant et Randolph Scott

statue de la fontaine de l'ange déchu à Madrid








La mort allaitante d'une chauve-souris (1895) de Valère Bernard


mardi 30 octobre 2018

une visite au musée d'Ephèse



Dionysos qui faisait partie de la décoration du nymphée de Trajan














jeune Eros




Guerrier au repos











fragment d'une statue colossale de Titus


Ephèse, Turquie, octobre 2018