mercredi 10 octobre 2018

Gringos locos de Schwartz & Yann

Le volume paru chez Dupuis , intitulé Los Gringos locos (2012), avec au scénario Yann et au dessins Olivier Schwartz, est l'album le plus réussi jusqu'à ce jour des tentatives de la B.D franco-belge à rendre hommage à ses maitresLe scénario de Yann met en scène trois grands auteurs belges, Jijé , Morris et Franquin, raconte, de façon picaresque, les événements bien connus de leur voyage entrepris au Mexique et aux États-Unis. Jijé, un catholique fervent, décide avec sa famille et ses deux jeunes amis qui sont en quelque sorte ses élèves, Franquin et Morris de quitter l'Europe pour échapper à une Troisième Guerre mondiale et à la suprématie probable du communisme aux yeux de Jijé.


À cette époque, l’Amérique représentait pour les auteurs de la bande dessinée européen un Eldorado: la profusion des comics, Hollywood, le swing, la vie sur la route... 







On peut ainsi comprendre, si on a bien en tête le contexte de m'immédiate après guerre, le désir des trois compères d'aller à ce qui est pour beaucoup de leurs collègues d'alors la Mecque de la bande dessinée en ce temps là. Yann donne à voir une sorte de carnet de voyage truculent dans lequel ces auteurs bien-aimés sont représentés comme les protagonistes d'un road movie humoristique. Il y a aussi des apparition de Victor Hubinon et d'autres dessinateurs de l'équipe légendaire du Journal de Spirou de cette époque ("Gringos locos" est paru en pré publication dans le journal de Spirou).



Sans être jamais méchant le récit va en grande partie à l'encontre de l'idéalisation que nous, lecteurs-admirateurs, avons de ces auteurs, car il nous rappelle qu'ils étaient des êtres humains, avec tout le lot de leurs faiblesses. Il souligne également toute leur innocence et l'innocence d'une période au cours de laquelle les auteurs créaient des bandes dessinées, considérées aujourd'hui comme des chefs-d'œuvre, sans en avoir conscience et cela pour le plus grand plaisir des garçons.


Yann a beaucoup travaillé avec André Franquin sur les scénarios du Marsupilami, puis avec Morris sur les scénarios deLucky Luke. De ces expériences, le scénariste garde notamment le souvenir des nombreuses anecdotes que les auteurs lui racontèrent concernant leur périple à travers les États-Unis et le Mexique, en compagnie de Jijé et de sa famille. Dès lors, Yann caressa l'idée de raconter un jour, en bande dessinée, cette incroyable épopée sur les débuts balbutiants de trois auteurs qui deviendront des personnages incontournables et de véritables stars de la BD franco-belge. La reconstruction de Yann est donc basée sur les souvenirs qu'il a personnellement reçus de Franquin et Morris: << J’ai travaillé avec Franquin et Morris, j’étais souvent branché sur cette époque car ils en parlaient souvent. J’ai tanné Franquin pour qu’il fasse la BD avec moi, ç’aurait été la classe ! Mais son style avait trop évolué, était devenu trop moderne et n’aurait pas collé avec l’histoire. Cela fait 30 ans que je traîne cette idée !>> Malheureusement sa vision n'a pas été du gout des héritiers de Jijé.


Alors que la fille de Franquin et la veuve de Morris n'avaient rien à redire à la vision de Yann qui est par ailleurs un scénariste confirmé et qui a de nombreuses réussites à son actif, l'image que projetait Yann de leur père  ne convenait pas aux enfants de Jijé qui auraient préféré une vision, comment dire?, "plus canonique". Ils n’auront sûrement pas apprécié la représentation caricaturale de leur père, sa façon de s’habiller, son hypothétique tyrannie et, peut-être, la nouvelle de la passion maladroite de Franquin pour la femme de Jijé qui se trouve être leur mère. Elle est peintes avec des courbes dignes de celle Betty Page! Selon leur jugement, le père de Jijé n'avait rien à voir avec ce personnage sympa de l'histoire.  Benoit Jijé dans une interview a déclaré: " Jijé n'a rien à voir avec Charlie-Hebdo !". L'album est paru avec quelques pages dues au enfants de Jijé en tiré à part censé rectifiées l'image de leur père.



Si Yann a mis l'accent sur ce voyage, c'est parce que la rencontre des trois auteurs avec l'humour juif new-yorkais a changé leur concept de BD en le transformant en un produit destiné aussi aux adultes, le célèbre neuvième art franco-belge est né en partie de ce voyage.
Le style graphique utilisé dans cet album par Schwartz est très similaire à celui d’Yves Chaland et un peu différent de son style habituel. Il reconnaît d'ailleurs avoir repris la figure de Jijé d’un hommage en huit planches de Chaland à Jijé, publié dans le n° 64 de Métal Hurlant en 1980.
Schwartz est un mon avis un grand méconnu (relativement) de la bande-dessinée d'aujourd'hui. Il est le plus intéressant repreneur de Spirou (le groom vert de gris) depuis Franquin. Il excelle à rendre l'atmosphère des années 50. Dernièrement toujours sur un scénario de Yann, il dessine une aventure policière, Atom agency sorte d'hommage réussi à la fois à Tillieux et à Léo Malet.


Cet album devait être suivi d'un deuxième, comme le montre la publicité immédiatement ci-dessous, intitulé Crazy Belgians , qui aurait mis en scène un autre géant de la BD, René Goscinny. Mais en regard des problèmes rencontrés par le premier, il est fort probable, hélas, qu'il ne verra jamais le jour.


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