lundi 11 février 2019

Foujita à la Maison de la Culture du Japon





La maison de la culture du Japon réussi a le tour de force de faire une rétrospective très convaincante, plus complète que celle de l'an passé au Musée Maillol (on peut voir le billet que j'ai consacré à cette exposition: Foujita Peindre dans les années folles au Musée Maillol) en seulement 36 tableaux, 14 venant de France, il y a très peu de doublons par rapport à l'exposition au Musée Maillol, et 22 du Japon. Parmi ceux-ci il y a deux tableaux "de propagande" réalisés par Fujita au Japon pendant la guerre. Très impressionnantes images des horreurs de la guerre.
L'attitude de Foujita pendant la guerre et les conséquences qui en découlèrent pour lui ne sont pas sans rappeler ce que vit Ono le personnage d'Ishiguro dans son beau roman "Un artiste du monde flottant" ( on peut aller voir le billet que j'ai consacré à ce livre:Un artiste du monde flottant de Kasuo Ishiguro).
Autre souvenir de lecture convoqué lors de la visite de l'exposition celle du meurtre du commandeur de Murakami dans lequel il est question d'un peintre qui lui reste en dehors de la guerre et durant ces années vit retiré à la campagne et se consacre à l'étude de son art, ce qui à la réflexion, est assez peu plausible dans le contexte du Japon d'alors (on peut lire le billet que j'ai écrit sur ce roman:Le meurtre du commandeur Murakami).
Plus réjouissant on découvre dans une vidéo, projetée dans l'exposition, Foujita cinéaste avec un petit film de 8 minutes sorte de guerre des boutons au pays du soleil levant, à ne pas manquer.


Les Portes de Paris, 1914










 "Nu à la toile de Jouy", 1922








Nu allongé au chat »,1931,

autoportrait 1926






Suzy Solidor 1927




"Lutteurs à Pékin", 1935











Bataille de chats, 1940





Les deux grands tableaux de guerre sont le clou de l'exposition. Ils n'avaient jamais été montrés en Europe et peu visibles au Japon comme tous les tableaux de ce type, même si récemment cela commence à changer. Ces oeuvres ont une histoire singulière. Peu après la guerre les tableaux de ce type ont été rassemblés par l'armée d'occupation puis envoyé aux Etats-Unis en 1951. Ce n'est qu'en 1970 qu'ils ont été restitués au Japon sous la forme "d'un dépôt permanent au Musée d'Art Moderne de Tokyo, mais pendant longtemps ils n'ont pas été montrés. Ils commencent seulement à sortir des réserves...   






Morts héroïques sur l'ile d'Attu, 1943

Le tableau, dont le sujet a été imposé à Foujita par l'armée, représente la résistance jusqu'à la mort de la poignée de soldats japonais qui furent massacrés lors de l'attaque en masse des américains de cette ile de l'archipel des Aléoutiennes. Occupée depuis 1942 par les japonais elle représentait un intérêt stratégique important car la présence militaire des japonais représentait une menace importante pour la cote ouest des Etats-Unis.
Sur les 2650 soldats japonais engagés seuls 29 furent fait prisonniers.
Ce qui est curieux dans ce tableau si on l'examine avec attention on s'aperçoit que tous les visages des protagonistes semblent ceux d'asiatiques!




Nos frères de Saipan, fidèle jusqu'à la mort 1945


Cet épisode tragique de la guerre du Pacifique se déroula en juin-juillet 1944. La chute de cette ile de l'Archipel des Marianne mettait Tokyo et les villes japonaises à la portée des bombardiers américains. C'est de l'ile de Saipan que décollèrent les B29 qui ont détruit Tokyo et Osaka mais aussi les avions porteur des bombes atomiques qui anéantir Hiroshima et Nagasaki Le tableau montre des soldats japonais et la population civile préférant le suicide à la captivité. Cette bataille fit au total au moins 60000 morts civils et militaires dans les deux camps. On estime que 8000 civils se sont donné la mort à Saipan.
Foujita pour peindre ce tableau se serait souvenu du "Massacre de Cio" de Delacroix.


















Autres visites à la Maison de la Culture du Japon: A l'aube du japonisme à la maison de la culture du Japon




2 commentaires:

  1. Merci pour cette belle visite. Je reconnais bien la première manière de Foujita, celle aux carnations blanches et aux gris délicats de ses débuts, que l’on retrouve plus tard en 49 dans le portrait de la dame en noir "Au café" ( vu à la Piscine de Roubaix ) . Mais je connais peu sa manière plus colorée, et pas du tout ses très grands tableaux de guerre . Les deux dernières peintures sont également intéressantes, ancrées autant sur sa vie, que sur des références bien choisies . C’est étonnant comme son style s’adapte bien à celui de la peintures flamande dans cette "Adoration" de 62, étonnant aussi sa fameuse conversion foudroyante au catholicisme ...

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    1. Mais personne ne connaissait en Europe ses tableaux de guerre qui sont très impressionnants. Dans le catalogue il y en a d'autres qui sont reproduits. Le catalogue qui est passionnant revient longuement sur les peintures de guerre de l'artiste mais aussi de ses collègues et dans quelles conditions ils étaient réalisés. Il faut savoir que c'est l'armée qui imposait les sujets mais aussi qui fournissait la toile donc imposait le format et fournissait les couleurs éléments qui étaient très difficile de se procurer dans un pays où régnait une pénurie généralisée.

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